CAFI c’est fini !

de | novembre 9, 2014

Photo extraite du site cafi47.com

Photo extraite du site cafi47.com

13 Août 2014 :  A Sainte Livrade, sur ce grand terrain autrefois occupé par des baraquements  que les pelleteuses et les grues ont fini de raser,  il se passe une agitation particulière dès le matin  de bonne heure ! Un camion décharge poteaux, gradins, planches qu’une équipe de bénévoles s’empresse d’assembler  pour monter un chapiteau ! Des festivités vont se dérouler deux jours durant, pour l’inauguration  du « CAFI, lieu de mémoire », à l’initiative de la Mairie de Ste Livrade et du CEP-CAFI.[1]

Le C.A.F.I., c’est fini ! Ce ne sera plus qu’un lieu de Mémoire !

Oui ! C’est fini ! Du C.A.F.I, « Centre d’accueil des Français d’Indochine »,  à Sainte Livrade dans le Lot-et-Garonne,  il ne reste plus que l’Eglise catholique , le Temple Bouddhiste, et deux salles réservées aux associations et animations. Ce Centre s’est installé en 1956 pour accueillir, sur un terrain de 7 hectares, 1780 rapatriés d’Indochine dont 740 enfants. Ces rapatriés font partie des 40.000 personnes qui ont quitté l’Indochine quand les troupes et l’administration françaises rentrèrent en France après la défaite de Dien Bien Phu. Ceux qui n’ont aucune attache familiale sont répartis dans des centres d’accueil « provisoires » dont les plus importants sont : Sainte Livrade ( Lot- et-Garonne), Bias, Noyant ( Allier). A Sainte Livrade furent regroupées des personnes « incasables ou non reclassables », c’est-à-dire des femmes, des enfants, des infirmes, des personnes âgées ! Les enfants ont tous, les yeux bridés, nés tous, de mère vietnamienne, mais dont le père n’était pas forcément européen, car le corps expéditionnaire et la Légion étrangère recrutaient les soldats dans toute l’Union Française aussi bien dans les îles de la Réunion , des Antilles de Madagascar qu’au Sénégal ou Afrique du Nord ! Les mères de ces enfants étaient soit des veuves, soit des « épouses oubliées » dont le mari avait  retrouvé sa vie « d’avant » !! Mères remarquables de courage, d’abnégation, travailleuses appréciées des agriculteurs locaux,  habiles, discrètes et dociles, élevant leurs enfants dans le respect des traditions de leur pays d’origine ! Il faut cependant ne pas oublier que ces personnes  n’étaient pas des Vietnamiens qui ont choisi la France, mais bel et bien des « Français »  rapatriés et non des réfugiés apatrides !

Les premiers rapatriés de l'histoire de France (extrait du site cafi47.com

Les premiers rapatriés de l’histoire de France
(extrait du site cafi47.com)

Le C.A.F.I de Sainte Livrade, c’était 26 baraquements militaires aux toits de tôle, sans salle d’eau, ni eau chaude, ni toilettes, ni chauffage ! Le confort était donc très sommaire et la discipline militaire : les déplacements étaient soumis à autorisation, le couvre feu à 22 heures ! En 1959, l’arrêté Morlot du 20 Mai impose une discipline de fer précisant notamment les motifs d’exclusion du centre tels que : « les moyens d’existence : salaire, retraite, pension ou le train de vie, les marques extérieures de richesse (voitures, télévision, frigidaire) jugés incompatibles avec la condition d’assisté, hébergé aux frais de l’Etat »

L’hébergement au CAFI de Sainte Livrade, était en principe « provisoire », mais dura 50 ans avant que les différentes autorités, qu’elles soient municipales, départementales ou gouvernementales, ne s’en soucièrent !! Les enfants ayant grandi quittèrent progressivement le camp, y laissant les parents trop âgés pour accepter un nouveau déracinement.  Ils se sont créés dans ce camp leur petit univers, le peuplant de leurs souvenirs, leurs larmes mais aussi des joies de la Fraternité, de l’Amitié, de la Solidarité. Malgré deux graves incendies en 2004 et 2005 qui coûtèrent la vie à une vieille dame du camp (Madame Liliane Andreas ) la rénovation et destruction des bâtiments insalubres ne débuta qu’en 2011 après l’acquisition de ce terrain par la Mairie !

Projet de Mémoire

En 2014, l’ancien CAFI a complètement disparu laissant place à 94 logements nouveaux confortables, coquets, mais déjà les derniers habitants de cet ancien camp et surtout leurs descendants de la 2ème et 3ème génération craignent qu’avec les gravats de la démolition s’envole l’âme de leur passé, de leur histoire. Ils veulent y préserver un « Lieu de Mémoire »  car ils se sentent appartenir à l’Histoire avec un Grand H, Histoire de la France, de la Colonisation et de la Décolonisation.

Au grand Rassemblement du 15 Août 2014,  à Sainte Livrade, après une cérémonie commémorative des Morts en Indochine, une messe catholique à la Chapelle rénovée et préservée, une cérémonie au Temple Bouddhiste renouvelant la piété filiale aux Ancêtres, de longs débats se sont organisés sur la réalisation du Projet de « Mémoire » animés notamment par Dominique Rolland[2] pour sa proposition des « Briques de Mémoire »[3]. Son projet, intéressant et très réalisable, est détaillé dans son blog : « vietdomblog.lemonde.fr . Ce projet de « Mémoire » que tous les résidents du CAFI et leurs familles souhaitent, est exposé sur le blog : «  Cafi47.com ». Ce projet qui  a retenu l’attention des associations et des anciens résidents ne reçoit malheureusement aucune aide de la part de la municipalité et de la région. Il est heureusement réalisable car de faible coût mais demande l’adhésion de tous.

Nous souhaitons que ce projet aboutisse pour que, si les baraquements du CAFI ont été détruits, les souvenirs demeurent !

Lan Nguyen-Tu

 

 

 

 

 

 

 

 

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[1] CEP = Coordination des Eurasiens de Paris

 

[2] Dominique Rolland :Ethnologue,maître de Conférences à l’INALCO,écrivaine auteur de « Sang mêlé : Ed Elitys 2006 ;La Tonkinoise de l’Ile de Groix Ed Elitys 2011 ; Petits Vietnams Ed Elitys 2010 ; Glissements de terain 2007 ; La Vie s’estompe, je demeure 2008

 

[3] Voir le site www.vietdom.blog.lemonde.fr

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