CONFINEMENT CONFIDENCES

de | mai 2, 2020

Merci à mon ami Truong Huu Luong  d’avoir évoqué dans ce texte, ses lointains souvenirs   remontant à environ d’un demi-siècle,  souvenirs qui sortent directement de sa mémoire vive et non d’un support papier ou informatique et qui nous procurent plaisirs émotions et nostalgie. Notre ami est une encyclopédie vivante. J’éprouve un bonheur de publier ses confidences et de  les   partager avec vous.   NTH

Pour passer le temps en cette période d’éternel couvre-feu, je continue donc à chercher dans ma mémoire quelques autres souvenirs de ma prime jeunesse pour les partager avec mes amis, particulièrement, Nguyễn phúc Toàn et Vũ ngọc Quỳnh qui m’ont parfois aidé à me rappeler quelques personnages ou événements qui m’échappent.

Tout d’abord, à propos du Lycée Albert Sarraut que j’ai évoqué à plusieurs reprises dans mes derniers articles je me rappelle très bien le nom du fondateur de l’Amicale des anciens élèves du Lycée à Paris, M.Bùi xuân Nhuận qui n’est autre que le cousin de mon très cher ami, Dr. Bùi xuân Toàn, résidant actuellement à Nice. B.X. Nhuận est un Eurasien, fils naturel du Professeur Leroy des Barres, ancien Directeur de l’Ecole des Sages Femmes de Hanoi. Ce dernier avait une autre concubine, madame Quy, qui habitait à l’époque à côté de chez moi, n° 68 rue du Cuivre et aussi de la maison de Mme Ngô hoàng Liên, veuve du poète Hoàng Anh Tuấn, vivant actuellement aux E.U. Mme Quy avait coopéré avec Mme Tiến, épouse du Dr. Trần văn Lai, qui sera plus tard , le 1er Maire Vietnamien de Hanoi, après le départ des Français, pour ouvrir une maternité , sise 40 rue Takou (phố hàng Cót) où j’étais né comme quelques autres amis dont  N.V. Thọ époux de la dynamique chirurgienne dentiste Bích Ngọc que je surnomme la « Super Star ». Elle mérite vraiment bien ce titre car, hier même au téléphone, elle m’avait appris qu’elle s’était engagée dans un hôpital près de chez elle pour soigner les malades du Covid 19, demande rejetée vu son âge avancé. Bravo ! Super Star. Revenons à la maternité avec Mme Quy qui s’était suicidée un jour avec un poignard dans son cœur à la suite d’une crise de jalousie. On ne serait pas étonné si l’on savait que Mme Quy avait du sang japonais dans ses veines ce qui lui a donné un tel courage !

Devant la Maternité de la rue Takou se trouvait l’école primaire de jeunes filles, l’école Brieux dont la Directrice était Mme Trịnh Thục Oanh, plus tard, exécutée par les Viet Minh pour cause de francophilie en même temps que M. le Professeur Đỗ Thọ, le père de notre ami Đỗ Việt. Cette école primaire sera en 1947 le siège du Lycée Chu văn An où je m’étais inscris à mon retour à Hanoi, après plus d’un an vivant à l’arrière-zone, le Lycée Chu van An étant à côté de chez moi alors que le Lycée Albert Sarraut qui devait emprunter le siège du Collège de jeunes filles Félix Faure  au Quartier « Cột Cờ » était à des kilomètres de ma demeure.

J’aurais pu m’inscrire en 1ère ( Đệ Nhị Chuyên Khoa ) si j’étais rentré à Hanoi un peu plus tôt au début de l’année scolaire, mais comme j’étais en retard de quelques mois, alors j’avais choisi de rester en Seconde, ce qui fait que je ne passai  mon Baccalauréat qu’en 1950 alors que mes autres amis comme N.Xuân Xinh, N.Phúc Quế…avaient leur Bac en 1949. Quế ainsi que quelques autres de ses condisciples Phạm Vận, Đặng tất Khiêm, Dương hồng Mô quittèrent aussitôt Hanoi pour Bordeaux afin de poursuivre leurs études à l’Ecole de Santé Navale. D’autres n’ont pas eu la même chance : Vương văn Đông et Nguyễn triệu Hồng, les deux co-beaux frères qui s’étaient engagés dans l’armée avaient raté leur coup d’état contre le Président Diệm au cours duquel Hồng était tué sur place et Đông devant vivre en exil au Cambodge. Quant à N.P. Quế, il en avait plus de chance dans son coup d’état réussi en 1963 et sera nommé quelque temps après le renversement du Président Ngô, Ministre du Gouvernement révolutionnaire.

Après avoir obtenu mon baccalauréat en 1950, je partais donc en France poursuivre mes études de Droit qui me permettaient de faire la connaissance de nombreux amis dont Nguyễn thanh Nhã, Nguyễn duy Toản, Nguyễn văn Bông. A propos de  Bông , une petite anecdote m’est revenue à ma mémoire. Un jour à Saigon, je ne me rappelle plus en quelle année, mais seulement un peu de temps avant son assassinat par les communistes, je l’avais rencontré au Cercle Sportif de Saigon et je l’avais entendu murmurer à mes oreilles : je pense que si cette situation durait, faisant allusion à la mauvaise gestion du Gouvernement en place, nous serions bientôt les vaincus. Une hypothèse prémonitoire qui s’avérait exacte quelques années plus tard aboutissant au Cruel Avril 1975. J’avais beaucoup regretté la perte de mon ami Bông, comme celle de Nguyễn duy Toản suivie de quelques semaines de la disparition d’un autre ami commun, Trần minh Châm, frère de Trần minh Tiêu. Châm était un bel homme élégant et toujours impeccable avec son complet et sa jolie cravate. Il était d’autre part, l’ami de la veuve de  N.V.Bông, Jackie Wright Bông avec laquelle nous déjeunions ensemble chaque fois que Jackie venait en France en provenance de Washington.

Voilà, pour conclure, « Souvenirs ! Souvenirs »! le titre d’une chanson dont j’oublie le nom de l’auteur et chantée assez souvent il y a environ une dizaine d’années par notre jeune ami Nguyễn Văn, époux de la tendre et charmante Thúy Trúc, décédée subitement à cette époque , un événement qui a fait l’objet d’un de mes articles : Elle n’avait dansé qu’un seul Automne.

Trương Hữu Lương 
Paris, 22 Avril 2020

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