Confinement : Réflexions et réminiscences (suite et fin)

de | avril 20, 2020

Ce mois d’Avril appelé « Black April » par les Vietnamiens du Sud, mais aussi par tant d’autres du Nord, est un tournant important dans l’histoire du Vietnam, obligeant des millions de personnes à s’expatrier et des centaines de milliers d’autres à partir pour les camps de concentration communistes où des milliers de gens ont péri soit en mer soit dans ces camps de malheur. Au risque de leur vie ils avaient fui un régime dictatorial pour chercher asile dans tous les coins du monde qui leur offraient paix et liberté. La romancière Dương Thu Hương   qui arrivait à Saigon peu de temps après la chute du Sud n’avait-elle pas elle-même avoué avoir pleuré en constatant la prospérité et le développement du Sud contrairement à la propagande mensongère du P.C.V. Par la suite avec courage elle avait publié ses célèbres œuvres « Au-delà des illusions », « Les paradis aveugles », tout comme le compositeur Tô Hải avec son « Journal d’un lâche », avaient critiqué violemment le régime du Nord.

En voilà la date mémorable du 30 Avril.

 Pour moi- même personnellement le mois d’Avril est un autre tournant important de ma vie car c’était le 12 de ce mois de l’année 1955 que je disais adieu non « aux armes » mais à mes études pour commencer une autre vie, la vie de fonctionnaire.

En effet, après le partage du pays en deux, ma famille restant dans le Nord, était dans l’impossibilité de m’envoyer des subsides, ce qui m’obligeait à me débrouiller moi-même pour subvenir à mes besoins. Une occasion exceptionnelle m’est tombée du ciel : un grand ami, l’Ingénieur Hà văn Thọ venait d’accepter le poste de Conseiller au Haut-Commissariat du Vietnam à Paris. Il était en fait, le Secrétaire Général de la Représentation Diplomatique en remplacement de M. Dương Hồng Chương de l’équipe de l’ex-Haut-Commissaire, le Prince Bửu Lộc, remplacé maintenant par le Professeur Phạm Duy Khiêm, mon ancien Professeur au Lycée Albert Sarraut à Hà Đông en 1944. Thọ voulut former une nouvelle équipe pour remplacer celle laissée parle Prince Bửu Lộc qui devrait tôt ou tard quitter le Haut-Commissariat soit en démissionnant soit par affectation à d’autres Ambassades. Alors, sans tarder, j’acceptai la proposition de mon ami et fus présenté à M.P.D. Khiêm qui me nomma le 12.04.1955 au poste d’Attaché Economique-Adjoint dont le Chef était Bùi Quý Lân qui sera muté à Saigon quelques mois après. Je succédai donc alors à Lân en tant que Chef du Service Economique et Financier. En même temps je présentai au Haut Commissaire d’autres camarades de ma promotion à la Faculté de Droit de Paris : ainsi Nguyễn Thúc Bảo sera nommé Chargé du Protocole, Phạm Đình Hiếu, mon adjoint au Service Financier, le compositeur de Trăng mờ bên suối, Lê Mộng Nguyên, s’occupera du bulletin d’information en langue vietnamienne, Dương Hoàng Thành , chargé des Affaires Consulaires.

Quelques mois après, à la sortie du Vietnam de l’Union française, le Haut-Commissariat devint l’Ambassade et P.D. Khiem le 1er Ambassadeur du Vietnam en France. Le personnel de l’Ambassade sera alors élargi et comptait d’autres figures importantes, M. Phạm Khắc Hy, ancien Conseiller de l’Union française occupait le Poste de Conseiller tout comme le Professeur Bùi Xuân Bào et M/ Bữu Kính. Je n’oublie pas non plus mes autres collègues comme l’Ingénieur Phạm Doãn Hiệp également diplômé des Sciences Po., mon adjoint au Sce Economique, l’Ingénieur Trân thế Khải Chef du Service Administratif. Khải avait beaucoup d’humour, il nous appelait toujours Tham Kỳ sachant que mon père était Commis du Gouvernement Général comme son père Tham Thơm et papa de P. D. Hiệp, Tham Hoan.

Tous les soirs, à la sortie du bureau tous mes jeunes collègues se rendaient au Quartier Latin pour déguster soit un bon Phở au Restaurant Kim Môn, rue de l’Ecole Polytechnique, soit un Tiết canh Vịt au Lưu Đình et parfois un copieux repas chinois au Dragon d’Or, rue M. le Prince.

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De tous ces amis et collègues je crois qu’il ne reste plus en ce monde que l’artiste-juriste Lê Mộng Nguyên et l’auteur de ces lignes nostalgiques. Hélas, ces belles années à l’Ambassade n’étaient que de courte durée. Un conflit avait éclaté entre Phạm Duy Khiêm et son ami, le tout puissant Conseiller Suprême Ngô đình Nhu (ou plutôt sous l’influence de la Premìere Dame de l’époque) et Khiêm fut remercié sans pitié par le Président Ngô. Tout intègre et idéaliste que fut l’écrivain Khiêm, il retourna alors à sa vie de bohême, faisant la queue dans les restaurants universitaires pour des repas à bas prix.  P.D.Khiêm fut remplacé par son Conseiller Phạm Khắc Hy qui, à peine arrivé à son poste transféra presque tous les anciens collaborateurs de son prédécesseur à l’Administration centrale.

Ainsi, je rentrai à Saigon un beau jour de Février 1958 et commençais une nouvelle vie, mettant fin à mon statut de célibataire et continuais ma carrière jusqu’à cette date fatidique du Mois d’Avril Noir.

Paris, 19.04.2020
Trương Hữu Lương

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