Confinement : Réflexions et Réminiscences (suite)

de | avril 17, 2020

                                                          TRƯƠNG HỮU LƯƠNG

Suite à mon dernier article sur le même sujet des amis m’ont contacté pour me donner leur impression et aussi pour m’encourager  à écrire davantage en cette période de chômage spirituel (non professionnel car nous sommes tous à la retraite depuis belle lurette).

Si je dois évoquer des souvenirs dans le passé lointain ou récent, ce sont surtout ceux qui ne sont pas très agréable car je devrai parler des faits ou évènements relatifs à plusieurs amis qui ne sont plus de ce monde. Ces amis m’avaient laissé des souvenirs parfois tellement drôles que je ne pourrai jamais oublier et que j’ai déjà décrits dans certains de mes articles publiés il y a déjà plusieurs années soit dans des revues de l’ Association de l’Amicale des Anciens du Ministère des Affaires Etrangères dont j’étais membre depuis mon retour en France en 1988, soit dans les bulletins mensuels du Club Bưởi Chu Văn An fondé par notre ami Võ Thế Hào et aussi sur le site du Lycée Albert Sarraut tenu par notre autre ami Nguyễn Tử Hùng ou même reproduit par un autre jeune ami aux Etats-Unis, Ba Lăng Nguyễn Duy Hào dans le bulletin mensuel de son Association des Médecins.

En cette période de désœuvrement, pour « tuer le temps », comme nous autres vietnamiens avons l’habitude de le dire, je vais essayer de retrouver quelques uns de ces souvenirs lointains pour les partager avec mes lecteurs dont la plupart en sont eux-mêmes témoins.

Un ami, Vũ Ngọc Quỳnh, m’a téléphoné après avoir lu mon dernier article pour évoquer avec moi quelques faits, quelques lieux, quelques personnages dont il se souvient car Quỳnh garde encore une très bonne mémoire autour de ces années de jeunesse. Quỳnh se souvient très bien de cet hôtel bien connu des étudiants des années 50, l’Hôtel n° 2 rue Lhomond qui est devenu maintenant un Laboratoire de Recherche scientifique.

Cet hôtel dont le propriétaire était Mr. Macé, avait hébergé plusieurs de nos amis dont certains ont déjà disparu depuis plusieurs années, à savoir, Nguyễn Văn Bông, ancien Recteur de l’Institut National d’Administration de Saigon, un de mes anciens condisciples à la faculté de Droit de Paris, Dương Thiệu Vỹ, un autre ami de la faculté de Droit, Phan Chí Thọ et son frère Phan Chí Quý décédé tout récemment à l’âge de 93 ans, deux anciens du lycée Albert Sarraut, un autre ami Docteur en Mathématiques et qui deviendra plus tard Professeur à l’Université de Saigon, l’objet de mon récit sur son aventure avec une copine qui a fait une gaffe en cassant le tuyau du lavabo de l’hôtel laissant ainsi couler l’eau dans toutes les chambres des étages en-dessous, Nghiêm Xuân Loại, un ancien ingénieur de Technip surnommé « Cụ Lý Loại » car quand il était au lycée Chu Văn An, il portait toujours une tunique vietnamienne au lieu de s’habiller à l’européenne comme ses autres copains.

Un autre fait amusant que je n’oublie pas est l’histoire de la jeune femme de chambre qui s’appelait Jacqueline. Tous les matins en venant faire le ménage dans les chambres avec son balai, elle travaillait tout en basculant ses hanches et chantant la chanson de Georges Guétary « Boléro, je garderai toujours le souvenir du jour… » où nous autres spectateurs avons changé le mot Boléro en « Balairo ».

De tous les locataires dont la plupart ne sont plus de ce monde, il ne reste plus que moi-même et un autre ami, Nguyễn Quang Riệu, avec lequel nous nous entretenons très souvent avec nostalgie de ce cher hôtel lors de nos rencontres fréquentes dans des réunions culturelles et artistiques soit chez des amis, soit dans des réunions organisées dans quelques restaurants de Paris.

Ce cher hôtel Lhomond était situé en plein cœur du Quartier Latin à une centaine de mètres de la Faculté de Droit et à côté du Panthéon.

De mon hôtel je pouvais aller prendre des repas soit au restaurant Ste Geneviève tout juste à côté soit un peu plus loin, au restaurant des Mines, rue St Jacques, ce resto qui me laisse un souvenir très amusant relatif à un autre ami. Il s’agit de Bạch Thái Định, le petit-fils du célèbre armateur cochinchinois, Bạch Thái Bưởi. Định était chargé de contrôler à l’entrée du restaurant les tickets réservés aux étudiants membres du COPAR, ticket très bon marché à   60 frs le repas. Avec la carte du COPAR les étudiants peuvent se servir des repas dans tous les restaurants universitaires de Paris. Retournons à Bạch Thái Định, qui en contrôlant les cartes de ses compatriotes parlait en vietnamien avec l’accent du sud, au lieu de : où sont ta carte, tes papiers (carte đâu, giấy đâu) il disait : cạc (ă) đâu ? giấy (ái) đâu ? Tous les étudiants vietnamiens du Quartier Latin de l’époque doivent se souvenir de ce charmant garçon, qui plus tard, serait mort en Algérie en combattant avec l’armée française contre les révolutionnaires algériens (si je ne me trompe pas avec son cousin Bạch Thái Bình?)

Un autre restaurant universitaire près de l’hôtel Lhomond est le Foyer Concordia où résidaient les jeunes filles, il nous servait aussi des repas avec la carte du COPAR.

Près du foyer Concordia se trouvait le restaurant Lưu Đình dont le propriétaire était le père de Jacqueline Đệ, épouse de mon ami Nguyễn Thanh Nhã, tous deux professeurs de Droit à Paris et Dauphine.

Jacqueline avait un grand frère François, qui ne parlait presque pas le vietnamien étant né en France depuis longtemps. Alors nous nous amusions à nous moquer de François en lui demandant en français « aimez-vous le Phở » pour l’entendre répondre : « có tôi yêu phở lắm ».

Le resto Lưu Đình était bien fréquenté par les étudiants vietnamiens à cause de son prix relativement pas cher mais surtout pour le plat préféré des vietnamiens : le Tiết canh vịt ou sang de canard coagulé. Mais si vous vouliez déguster ce fameux plat il fallait le prendre dans la cuisine du resto car on ne pouvait pas vous servir ce bon plat mais visiblement horrible devant les clients pour la plupart européens.

Un peu plus loin du restaurant Lưu Đình se trouvait la douche municipale où les pensionnaires vietnamiens  des hôtels dans les environs y allaient pour prendre leur douche.

On remarquait que cet établissement avait pour la plupart des clients vietnamiens car à chaque fois que je m’y rendais je n’entendais que des chansons vietnamiennes telles que : Bao chiến sĩ anh hùng ou Đêm đông, Đêm thu…

Tous ces détails me reviennent assez souvent à l’esprit et surtout en cette période du confinement où je n’ai rien à faire sauf à me souvenir des faits et évènements survenus au cours de mes années de jeunesse, sans soucis, où l’on ne pensait qu’à ses études agrémentées de temps à autre par des liaisons sentimentales sans lendemain, célibat oblige !

J’espère que mes amis qui sont de ma génération puissent avoir les mêmes sentiments, le même point de vue en lisant ces quelques lignes qui leur sont particulièrement destinées.

Paris 16-04-2020

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