A la mémoire de Madame VINAY

de | décembre 10, 2020

Souvenir d’écolier de Truong Huu Luong

L’une des dernières professeures du lycée Albert Sarraut vient de s’éteindre à l’âge de 98 ans au Pradet dans le Var.

La fille aînée de Mme Gentile née Monique Vinay vient de m’envoyer une lettre annonçant le décès de sa mère survenu en Septembre dernier.

La disparition de Mme Vinay me fait revenir à plus de trois quart de siècle avant quand j’étais son élève d’abord au lycée du Protectorat à Hanoi et ensuite au lycée Albert Sarraut à Hadong quand les écoles furent évacuées pour éviter les bombardements des avions américains sur la capitale.

Madame Monique Vinay était la fille de Monsieur Vinay, Résident de France à Hải Dương  à l’époque.  A ce propos, je me rappelle encore les paroles de l’oncle de ma femme, Monsieur Dương Hồng Chương qui me racontait ses rencontres avec Madame Vinay à Hải Dương quand son père Monsieur Dương Thiệu Tường était aussi Chef de Province de Hải Dương en qualité de Tổng Đốc, chargé de l’administration locale alors que Mr Vinay était le principal Chef de Province,  l’administration du Nord-Vietnam (le Tonkin) était alors une administration parallèle entre le gouvernement français et les autorités vietnamiennes, vu le statut de Protectorat du Tonkin. En fait, l’autorité appartenait au Résident de France. Le Tổng Đốc (ou Tuần Phủ, dans les petites provinces) ne s’occupait que des affaires sans importance.

Donc j’ai eu Melle Vinay comme Professeure de Latin durant la période de 1943 à 1945 date à laquelle le coup de force des japonais du 9 mars 1945 mit fin à la colonisation française et le Vietnam devint un pays libre et indépendant avec l’Empereur Bảo Đại à la tête du nouveau régime et la naissance du premier  gouvernement national sous l’égide de Monsieur Trần Trọng Kim, un lettré et patriote très estimé du peuple.

Je revis Mme Vinay plusieurs années plus tard au Pradet  où réside ma fille Diễm Hồng qui m’avait appris que son fils Anthony avait pour professeur une certaine Mme Gentile-Vinay en qui je reconnus tout de suite mon ancienne Maîtresse.

Depuis, chaque année quand je descendais à Toulon passer mes vacances chez Diễm Hồng je rendais visite à Mme Gentile en compagnie de mon ancien camarade de classe, également élève de Mme Vinay (Toàn habite à Nice et y vit toujours).

Je me souviens de mes heureuses années au lycée de Hà Đông avec Mme Vinay comme Professeure de latin ainsi que d’autres professeurs tels Mr et Mme Rivière, Mme Chabas, Mme Berthe Sen, Melle Lambert, Mr Phạm Duy Khiêm qui sont tous partis pour l’autre monde depuis des années.

Je revois aussi des images d’anciens condisciples comme Phan Chí Thọ, Chu Xuân Viên, Nghiêm Văn Thạch, Trần Việt Phong qui eux aussi ne sont plus de ce monde.

Des figures d’autres personnes qui n’étaient pas dans ma classe mais en 6ème classique 1 me reviennent de temps en temps à l’esprit comme Nguyễn Phụng, l’aîné du Dr. Nguyễn Tường que je rencontrais encore ces dernières années à Paris, alors que son frère était décédé quelques années auparavant aux Etats-Unis. D’autres figures comme Isabelle de Pereyra, fille du maire de Hanoi , Mr Pereyra, dont fut tombé amoureux mon ami Bùi Xuân Toàn qui lui donna un surnom vietnamien «  Bền ».

Je n’oublie pas non plus les gracieuses lycéennes Vi Thị Nguyệt Hồ, plus tard épouse du Dr Tôn Thất Tùng, Mme Vũ Khuê Dung, dont le futur mari Trần Quang Huy était mon collègue aux Affaires Etrangères. Pham Thị Hưng qui se mariera avec Mr Lê Xuân Chất, Professeur de Médecine et la dernière, Madame Hoàng Ngoc Kỷ qui sera Mme Nguyễn Huy Tiếp (Professeur dentaire). De toutes ces dames la seule avec laquelle je maintiens encore à l’heure actuelle des rapports amicaux est Mme Tiếp qui nous recevait très souvent chez elle dans des surprise-party extrêmement agréables et conviviales.

Et voilà les souvenirs de jeunesse que j’essaie de retenir à l’occasion de la disparition de notre Professeure bien-aimée.

Repose en paix chère Monique.

       ( Les sanglots longs
Des violons 
De l’automne  
Blessent mon cœur
D’une langueur monotone…  
…Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens…
             Chanson d’automne     
                Paul Verlaine )

             

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