Œuvre scolaire française au Vietnam

de | mai 31, 2015

Albert Sarraut, Gouverneur Général de l’Indochine, puis Ministre des Colonies, disait dans un entretien avec Guy de Pourtalès[1] en 1931 :

« Les annamites recevront la culture française et nous en acceptons les conséquences »

Cette déclaration démontre la ferme volonté de la France à faire rayonner sa culture et sa civilisation au-delà des  frontières, quelles que puissent en  être les conséquences. Pourtant quand les Français eurent la mainmise sur la Cochinchine, un des États de l’Indochine, l’Instruction Publique  était solidement structurée dans les trois États du Vietnam : Tonkin, Annam et Cochinchine. D’inspiration chinoise, l’instruction Publique était destinée à former, par un système complexe d’examens et de concours, l’élite de la nation, la classe dirigeante du pays, celle des « mandarins » : « Quan ».

En effet, l’administration du pays était confiée à des fonctionnaires subordonnés à l’obtention de grades littéraires délivrés à l’issue des concours.  Il y avait 9 degrés de mandarinat suivant  les grades obtenus. Le  grade le moins élevé :  « Tú Tài »  ( bachelier) n’était qu’un admissible aux concours suivants, mais pouvait se voir confier l’administration  d’une  sous-préfecture : Huyện, Les « Cử Nhân” (Licence) se voient attribuer un « Phủ» ou préfecture avant de pouvoir prétendre, après un autre concours triennal, au titre de « Tiến Sĩ » ou docteur, porte ouverte à des hautes fonctions de « Tuần Phủ » ( censeur), ou «  Tổng Đốc » ( Gouverneur).

Cette classe dirigeante bénéficiait de nombreux privilèges, tels que exemption d’impôts, dispense de service militaire. Les mandarins avaient les honneurs, les faveurs d’une classe à part, comme celle de la noblesse française avant la révolution. Leurs charges et fonctions étaient fortement convoitées, mais ne pouvaient être acquises que par le mérite des examens et concours.

Ce système démocratique ouvrant les portes aux hautes fonctions de l’État, incitait les familles à encourager les études de leurs enfants, comme le confirme le dicton populaire : «  Không Thầy lâý gì làm nên » (Comment réussir sans maître ?)

I.  SYSTEME SCOLAIRE AU VIETNAM AVANT LA COLONISATION

Enseignement primaire

fig1

Dans les villages les enfants étaient confiés à un maître d’école qui leur apprenait les rudiments de la lecture et l’écriture des idéogrammes, en même temps que la morale et la doctrine de Confucius sans que ce soit une éducation religieuse. Mais les connaissances acquises au village sont nettement insuffisantes pour pouvoir se passer d’un « écrivain public » : peu de personnes issues de ces écoles communales arrivaient à lire et écrire.

Enseignement secondaire ou supérieur 

Pour accéder à l’enseignement secondaire l’enfant doit  quitter son village et s’adresser à des « Huyện », à des « Phủ»  qui entretiennent des professeurs publics : les « Giáo Thụ » et les « Huấn Đạo» chargés de préparer les candidats aux concours . Au dessus de ces professeurs  se tient un « Đốc Học » (Recteur) dont la tâche est de surveiller les professeurs et de présider les jurys des examens provinciaux.

Les études étaient sanctionnées par  trois sortes d’examens ou concours :

  1. Le  « Khảo Hóa ». , examen provincial semestriel qui permettait aux lauréats  d’être exemptés d’impôts pendant un an
  2. Les concours régionaux qui s’ouvraient tous les 3 ans, comportaient un examen préliminaire d’admissibilité : le « Hạch »où sont reçus 10.000 sur 40.000 candidats Ces 10.000 admissibles peuvent participer au « Hương Thí », concours organisés simultanément à Nam Định, Bình Định, Huế, Vinh et Thanh Hóa. Sur les 10.000 candidats sont retenus seulement 200. Les 50 premiers reçoivent le titre de « Cử Nhân »( licenciés) et les 150 autres le titre de «  Tú Tài »( Bacheliers)
  3. Les Cử Nhân et Tú Tài sont ensuite autorisés à se présenter au « Concours National pour obtenir le titre de « Docteur «  Tiến Sĩ ». Ce concours ultime, particulièrement solennel était organisé à Huế, le Jury et les sujets sont choisis par l’Empereur en personne.

Quels que soient les concours, le programme était uniforme : les matières traitées étaient identiques mais de difficultés  croissantes, elles comportaient :

  • Une interprétation du « Ngũ Kinh” (Cinq livres sacrés)[2] ou des Quatre livres Classiques « Tứ Thư»[3]
  • Deux compositions littéraires en vers et en prose rythmée : « Thơ Phú»
  • Une composition sur trois sujets administratifs : « Văn Sách »
  • Une épreuve récapitulative de tous les sujets traités : « Phúc Hach »

Bien que ce système d’Instruction fût démocratique, car l’enseignement était ouvert à toutes les couches sociales de la population, il avait ses lacunes et ses limites. En effet il était dispensé dans une langue et une écriture non utilisées dans la vie courante. Il y avait en effet deux systèmes d’écriture : le « Hán », écriture chinoise, utilisée dans les textes officiels, et le « nôm ». D’après P. Huard et M Durand dans « Connaissance du Vietnam », le « Nôm » est un système de transcription des mots vietnamiens au moyen des caractères chinois simples ou combinés entre eux pour noter le son et le sens combinés d’un mot  vietnamien .(chap.xxi p.267).

Ce programme d’enseignement était limité à la Morale, et les Lettres. En raison des concours et examens, un nombre réduit de personnes en bénéficiait. Les notions scientifiques ne tiennent aucune place. Cependant, le grand mérite de ce système est d’entretenir le goût des lettres et de perpétuer les traditions morales et sociales sur lesquelles sont bâties la Famille et l’État.

II.  SYSTEME SCOLAIRE  AU VIETNAM PENDANT LA COLONISATION.

Création  de la langue romanisée le « Quốc Ngữ »
Les premiers européens qui découvrirent la péninsule indochinoise furent les Pères Missionnaires Jésuites Busoni et Borri en 1615 et 1618, suivis du Père Giulano Baldinotti en 1621.Ils se heurtaient à la  barrière insurmontable de la langue, quand le Père Alexandre de Rhodes,  Jésuite né à Avignon      (France) chassé du Japon où les portes se fermaient hermétiquement, débarqua à Tourane en 1624. Poursuivant les travaux amorcés par un autre Jésuite Portugais, le Père Pina, qui avait étudié les 6 tonalités de la langue vietnamienne modifiant un mot, Alexandre de Rhodes eut l’idée géniale de classer les phonèmes de la langue vietnamienne et créa l’alphabet phonétique romain permettant aux prêtres missionnaires de parler rapidement cette langue complexe. C’est ainsi que naquit le « Quốc Ngữ ».

L’alphabet du « Quốc Ngữ » comprend 29 caractères : 3 voyelles ont été rajoutées à l’alphabet classique : « ă, ơ, ư ». Alexandre de Rhodes publia en 1651 le remarquable « Dictionarium Annamiticum, lusitanum, et latinum » (Dictionnaire annamite, portugais et latin) complété ensuite par Mgr Taberd par un Dictionnaire Annamite Latin (1838).

Cependant pratiquement jusqu’en 1865, la transcription romanisée de la langue vietnamienne était exclusivement utilisée dans les milieux catholiques .Le quốc ngữ fut popularisé par le premier journal publié sous le nom de « Gia Dinh Bao », mais ne reçut pas l’accueil unanime de la population qui y restait farouchement opposée ! C’est seulement en 1919 qu’un décret impérial signé de l’Empereur Khai Dinh déclara le quốc ngữ « Écriture Nationale »

Organisation de l’Enseignement sous la période coloniale 1886-1905
Jusqu’en 1885 deux courants divisaient la politique scolaire au Vietnam :

D’une part, les amiraux comme Bonard[4], souhaitaient respecter les mœurs et coutumes de la population, notamment en ce qui concerne l’Instruction Publique, l’usage des caractères chinois et les concours des lettrés.

D’autre part, les personnalités religieuses, comme Mgr Lefèvre, premier Évêque de Saigon , (1860-1864), souhaitaient imposer le « Quốc Ngữ », prétendant comme Mgr Puginier , que « l’abolition des caractères chinois, leur remplacement progressive par la langue annamite d’abord, le français ensuite, est un  moyen très facile, pratique et efficace pour fonder au Tonkin une petite France de l’Extrême Orient »[5].

L’œuvre scolaire française  ne débuta  effectivement qu’ au début de 1885, bien que les premiers jalons aient été posés en Cochinchine  dès 1861 par la création du Collège des Interprètes, et en 1873 le premier collège d’administration de Saigon suivis  en 1874 de l’École Normale et en 1876  du Collège Chasseloup Laubat. Ces Écoles avaient pour objectif principal de fournir à l’administration  coloniale un certain nombre de fonctionnaires auxiliaires. Elles étaient loin  de faire rayonner  la culture et l’humanisme de la France. L’enseignement y était médiocre car dispensé par des enseignants sans formation, ni vocation.

Le 31 Janvier  1886, Paul Bert, partisan fidèle de Jules Ferry fut nommé Résident Général des Protectorats d’Annam et du Tonkin. L’une de ses premières préoccupations fut d’élaborer un vaste programme d’enseignement au Tonkin. Il s’adjoint la collaboration de Gustave Dumoutier qu’il nomma « Organisateur et Inspecteur des Écoles Franco –Annamites », écoles fondées depuis 1885 par un arrêté du Général Brière de l’Isle.

Paul Bert et Dumoutier résistèrent aux principes d’assimilation et de « francisation » à outrance de la population. Ils s’attachèrent à respecter les institutions et coutumes du pays, avec le désir profond de gagner à la cause française le mandarinat et les lettrés pour former des cadres solides. C’est dans ce but que fut créée l’Académie Tonkinoise : «  Bắc Kỳ Hàn Lâm Viện ».  Dumoutier remit à l’honneur l’enseignement des caractères chinois, car proscrire l’enseignement des caractères chinois reviendrait à faire des élèves « des propres étrangers dans leur pays »[6].On se trouvait effectivement dans des situations paradoxales au niveau  des « Interprètes » :L’interprète ne connaissait pas les caractères chinois face au fonctionnaire lettré qui ne connaissait pas le français !

Malgré de nombreuses difficultés, l’œuvre créatrice de Paul Bert et Dumoutier fut  cependant remarquable : A la mort de Paul Bert le 11 novembre 1886, il existait :

Au Tonkin :

  • Un Collège des Interprètes
  • Neuf écoles Franco-annamites de garçons
  • Quatre écoles franco-annamites de Filles
  • Dix sept écoles indigènes pour l’enseignement du quốc ngữ, passerelle indispensable pour l’enseignement du français.

A Hue : un Collège Royal pour la Famille Royale et les Mandarins

Lentement, la langue française se diffusait dans les classes supérieures de la population. Le solennel Concours Impérial qui se passait à Hue introduisit une connaissance élémentaire du français dans le programme du concours d’entrée. Cependant les résultats étaient loin d’être satisfaisants ; En 1903, sur 10.000 candidats, il n’y avait que 150 reçus parmi lesquels seuls SEPT se présentèrent à l’examen de Français !

Les annuaires de Cochinchine de 1871 et 1874[7] montrent une importante participation de congrégations religieuses telles que les Frères des Écoles Chrétiennes dans les différents Collèges d’ Adran à Saigon, Cholon, Vinh Long, avant les réformes de Jules Ferry sur la laïcisation de l’enseignement.

Acculturation forcée en 1905

La brillante victoire de l’armée japonaise sur l’armée russe,[8] le 27 Mai 1905 au large des îles Tsushima fut un fait sans précédent en Asie.  C’était la première fois dans l’histoire mondiale qu’un pays Asiatique  mettait en échec une puissance occidentale. Cette victoire réveilla un esprit nationaliste à l’encontre des Empires coloniaux qui s’exprima au Vietnam à travers des lettrés modernistes comme Phan Boi Châu et Phan Chu Trinh encourageant les étudiants à émigrer au Japon ou en Occident. Il devint urgent de réformer l’enseignement français au Vietnam, afin d’offrir aux Vietnamiens avides de « savoir », passionnés d’études, un enseignement supérieur de qualité équivalente à celle de ses voisins. C’est ainsi que fut créée en 1907 l’Université Indochinoise  qui  en fait, ne comportait  que 3 sections : littéraire, scientifique et juridique, hormis l’École de Médecine créée en 1902 dont le premier doyen fut Alexandre Yersin. Les cours ouverts à la hâte  n’étaient qu’un ensemble de conférences  ne donnant pas au petit nombre des élèves (200) un enseignement satisfaisant. Cette Université, faute de professeurs et d’élèves, ferma ses portes en 1908.En même temps, les concours triennaux sont abolis à Nam Dinh en 1907, à Hanoi en 1915 et Huê en 1919. Les collèges existants (collège des Interprètes de Hanoi, Collège Jules Ferry de Nam Dinh) ne formaient que des auxiliaires à l’administration coloniale : secrétaires, agents techniques pour le cadastre, les chemins de fer, etc.[9]

Réformes d’Albert Sarraut : 1917
Il a fallu attendre Albert Sarraut pour qu’une réforme profonde et efficace soit réalisée. Cette réforme se fixait trois objectifs : Enseignement gratuit ouvert à tous, laïque et de qualité.

1.      Enseignements primaire et Secondaire

Le 21 Décembre 1917, Albert Sarraut instaura « le Règlement Général de l’Instruction Publique » (RGIP) structurant  l’édifice scolaire placé sous la direction unique du Gouverneur Général de l’Indochine. Cet édifice de l’enseignement comprend trois secteurs : l’École Française, L’École Franco-Indigène et  Les Ecoles Techniques.

a)  L’École Française: (Au Nord le lycée Albert Sarraut, au Sud le Lycée Chasseloup Laubat, à Dalat lycée Yersin) comprenant le primaire, primaire-supérieur, et secondaire. Les programmes sont identiques à ceux de la métropole, conduisant en fin d’études secondaires au même baccalauréat  français. A l’origine elle n’était ouverte qu’aux ressortissants français, puis, grâce à Albert Sarraut, aux meilleurs élèves indochinois, dont quelques uns furent célèbres comme Vo Nguyen Giap, Pham Duy Khiêm, Hoang Xuân Han, etc.….

b)  L’École Franco-Indigène comportant aussi trois sections : primaire, complémentaire, secondaire

  • Ici, le primaire est donné dans la langue maternelle, sa durée est de 3 ans. Il se termine par un « Certificat d’études primaires complémentaires indochinoises : CEPCI »
  • Dans le cycle complémentaire qui dure 4 ans, la langue véhiculaire est le français dès la seconde année. Ce cycle est sanctionné par un « diplôme d’études primaires supérieures indochinoises » (DEPSI) du niveau du brevet élémentaire. Il y avait au Tonkin 8 écoles complémentaires, 5 en Annam, et 4 en Cochinchine.
  • L’enseignement secondaire de 2 ans conduit à un baccalauréat local. à la différence du baccalauréat métropolitain dont le cycle est de 3 ans. Il y avait au Vietnam trois lycées franco-indochinois : Lycée du Protectorat (Truong Buoi) à Hanoi ; Petrus Ky à Saigon ; Khai Dinh à Hué. Les programmes diffèrent légèrement des programmes métropolitains, car ils portent l’accent sur la culture, littérature, histoire vietnamiennes.

Les Jeunes Filles ne sont pas oubliées : A Saigon fut ouvert en 1915 le « Collège des Jeunes Filles Indigènes » : « Truong Gia Long »  longtemps surnommé « Truong Ao Tim » Collège des Tuniques violettes en raison de leur uniforme violet, avec comme proviseur une française : Mme Lagrange. A Hanoi en 1917 fut créé le « Collège Dong Khanh » devenu en 1945 lycée Trung Vuong

c)  Les Ecoles Techniques développées dans deux directions principales :

  • Ecole Technique industrielle à Hanoi, Saigon et Hué, préparant à des spécialités comme électricité, cadastre, agriculture.
  • Ecole d’art appliqué ayant pour but les métiers d’art comme ébénisterie, céramique, arts graphiques. Il faut citer l’école de Bien Hoa pour la céramique, Gia Dinh pour les arts graphiques, Thu Dau Mot pour l’ébénisterie.
2.      Enseignement supérieur

C’est dans l’enseignement supérieur que l’action de la France fut la plus marquante avec deux institutions solides :

  • L’université de Hanoi
  • les Écoles Supérieures de l’Université Indochinoise.

L’Université de Hanoi comprenait trois établissements d’Enseignement Supérieur du type métropolitain : la Faculté de Médecine et de Pharmacie, la Faculté de Droit, la Faculté des Sciences.

Les Ecoles Supérieures de l’Université Indochinoise  sont  en nombre important, les élèves  y sont recrutés par concours et reçoivent une bourse d’études les engageant au service du Gouvernement à la fin de leurs études pour une durée minimale de 10 ans (RGIP 25/10/1918) :

Ce sont :

  • L’École Supérieure de Pédagogie (Trường Cao Đẳng Sư Phạm) créée par A Sarraut le15/10/1917.
  • L’École Supérieure d’Agriculture et de Sylviculture fondée en 1918 ( Trường Cao Đẳng Nông Lâm)
  • L’École Supérieure des Travaux Publics fondée en 1902 et formant des Agents techniques

( Trường Công Chánh), puis à partir de 1944 des Ingénieurs de Travaux Publics

  • L’École de Commerce d’Indochine ( Trường Thương Mại Đông Dương ) fondée le 2/11/1920 avec une section des Postes et Télégraphes et une section de Radiotélégraphie (créées en 1926)
  • L’École Supérieure des Beaux Arts fondée par Victor Tardieu et Nam Son en 1924.
  • L’École de Droit et d’Administration (Trường Pháp Chính) fondée le 1/10/1917 chargée de former des fonctionnaires d’administration (Tham Tá ou Tri phủ, Tri Huyện) regroupée en 1941 à la Faculté de Droit

III  BILAN DE L’ŒUVRE SCOLAIRE FRANÇAISE AU VIETNAM

Il serait présomptueux pour ma part de vouloir établir un bilan de l’œuvre Scolaire Française au Vietnam. C’est un sujet complexe qui a soulevé beaucoup de polémiques aussi bien en France qu’au Vietnam à travers les différents gouvernements de part et d’autre. Si la culture française   à l’origine avait d’abord servi les intérêts de l’Empire Colonial, elle a aussi détaché  les Vietnamiens de la matrice culturelle chinoise, leur apportant la modernité, les techniques des sciences, une pensée humaniste, sociale, libérale, et démocratique. D’un autre côté l’expansion culturelle française a pu se faire grâce à l’avidité du savoir, l’intelligence, la faculté d’adaptation  et d’assimilation des Vietnamiens. Albert Sarraut a réussi à créer un corps professoral de qualité, comportant un nombre remarquable d’agrégés tant dans les lycées qu’à l’université. En 1937 on dénombrait 9 agrégés sur 10 affectés au lycée Albert Sarraut de  Hanoi, au sud 6 sur 7 exerçaient au lycée Chasseloup Laubat[10]. Les lycées Vietnamiens (Petrus Ky, et Protectorat) se partageaient avec le Lycée Yersin de Dalat les agrégés restants. Dépassant le domaine scolaire, la France a laissé en Indochine, et plus particulièrement au Vietnam un riche héritage : Dans le domaine de la Médecine, découverte du bacille de la Peste par Yersin, Invention du vaccin BCG contre la Tuberculose par Calmette, Études de la médecine ethnologique par Pierre Huard , sans oublier l’École des Beaux-arts fondée par Victor Tardieu et son fidèle disciple Nam Son .

Il est regrettable qu’à l’époque de la colonisation, certains diplômés de grande valeur tels que Hoang Xuan Han (Polytechnicien, Ingénieur de  Ponts et Chaussées, Normalien Agrégé de Mathématiques) Pham Duy Khiêm (Normalien, Agrégé de Grammaire), ne purent trouver dans leur Propre Pays, au retour de France, des postes dignes de leurs valeurs. Des personnalités haut placées conseillèrent à Hoang Xuan Han de revenir en France. Il cite d’ailleurs dans un entretien : « J’ai des camarades qui sont sortis des Mines, très brillants, même avec le concours Général de l’enseignement secondaire, et bien, là bas on devient agent de chemins de fer, et d’autres qui ne sont pas embauchés du tout… »[11]

A l’heure actuelle, après des années de guerre, des bouleversements profonds de la société, de l’économie, la France a laissé au Vietnam une empreinte culturelle indélébile dont  témoigne le flux  migratoire modéré certes, mais continu des jeunes étudiants vietnamiens. En Asie du Sud-Est le Vietnam est le seul pays à utiliser l’écriture romanisée. La francophonie y reste très vivace malgré l’importance de l’influence anglophone.

Nguyen-Tu Lan Huong

 

Références Bibliographiques :

  • France-Indochine : un siècle de Vie commune: Pierre Montagnon, Ed : Flammarion mars 2004
  • Ombre des Nuages, Histoire et civilisation du Vietnam du temps des Lê: Jean Pierre Duteil
  • A propos du quốc ngữ et agression culturelle: Pierre Brocheux. Études coloniales.Canalblog.com
  • École Française en Indochine : Trinh Van Thao  Éditions Karthala
  • BEFEO Tome 4 (1904) pp 790-803 de Claude Eugène Maître : Dumoûtier
  • Connaissance du Viêtnam: Pierre Huard et Maurice Durand
  • Indochine, la colonisation ambigüe 1858-1954: Pierre Brocheux et Daniel Hémery, La découverte, 1995

 

[1] « Nous à qui rien n’appartient, Voyage au pays Khmer » par Guy de Pourtales 1931 (Editions Flammarion)

[2] Cinq livres sacrés : Kinh Thi : chants fokloriques, Kinh Thu : Documents Historiques, Kinh Le : manuel de rites, Kinh dich : livre des mutations, Xuan Thu : Livre des saisons ;

[3] Quatre livres Classiques : Đại Học : la grande étude ; Trung Dung : Le Milieu ; Luận Ngữ : Les Entretiens ; Mạnh Tử : Mencius

[4] Amiral Bonard, premier gouverneur de la Cochinchine sous Napoléon III, 1861-1863

[5] « Notes du Tonkin », Mars 1887 p.14, Archives du MEP

[6] PaulBert : lettre au Résident Supérieur du Tonkin le 1er Juillet 188è

[7] Source :  « chimviet.free.fr »

[8] Guerre Russo-japonaise( février 1904-mai 1905) ayant pour objet l’ accès permanent sur l’Océan Pacifique

[9] Bien que ces écoles soient appelées « collèges », les élèves sont nettement plus âgés que les « collégiens » de France, cette appellation était consacrée, mais non appropriée.

[10] Trinh Van Thao : « Ecole Française d’Indochine » p.221

[11] Mémoire de maîtrise de H. Decarnin, U de Provence, 1991, cité dans « l’école Française en Indochine » par Trinh Van Thao p.302

 

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